Cabrit-bois et cricris

Publié le 26 Août 2014

Profitant de la venue en Martinique de Sylvain HUGEL, spécialiste des sauterelles, grillons et criquets des Petites Antilles (insectes de l’ordre des orthoptères), l’association a organisé le 8 août une sortie à Fond Baron, sur la route de la Trace, pour découvrir de plus près ces petites bêtes qui font tant de bruits dans nos nuits martiniquaises. Voici un aperçu de ce que nous a montré et appris Sylvain.

Cabrit-bois et cricris

Tout d’abord, qu’est-ce qu’un orthoptère : nous avons pu apprendre qu’il s’agit d’insectes munis de pattes spécialisées pour le saut, aux antennes relativement longues et aux ailes pliées à angle droit. Les mâles « chantent » (on dit qu’ils stridulent) et les femelles des grillons et sauterelles sont munies d’une tarière de ponte (oviscapte).

Neoconocephalus sp. (à gauche) et capture au filet (à droite)Neoconocephalus sp. (à gauche) et capture au filet (à droite)

Neoconocephalus sp. (à gauche) et capture au filet (à droite)

Il existe en Martinique une soixantaine d’espèces d’orthoptères (plusieurs espèces ne sont pas encore décrites et n’ont donc pas de nom scientifique pour le moment) : environ 5 espèces de criquets, une vingtaine de sauterelles et plus de trente espèces de grillons. Quelques belles découvertes sont encore donc à prévoir pour les prochaines années.

Sylvain a pu nous faire découvrir ses techniques pour observer et capturer les sauterelles et grillons qui vivent à Fond Baron :

  • La reconnaissance au chant (chaque espèce à son chant spécifique) ;
  • La détection des chants grâce à un Bat Detector (qui permet d’écouter les sons de haute fréquence) ;
  • L’utilisation d’un filet ou d’un parapluie japonais pour capturer les individus.

Les pièges Barber et les tentes malaises sont aussi parfois utilisés suivant les espèces que l’on souhaite capturer.

 

A propos du chant, seul le mâle est capable d’émettre des sons. Cela lui permet, en fonction des espèces, soit d’attirer à lui les femelles, soit de faire en sorte que la femelle se signale, par exemple en tapant sur son support pour qu’il puisse la rejoindre ensuite. Tout cela se fait bien sûr dans le but de s’accoupler et d’assurer une progéniture. La puissance du chant n’est pas reliée à la taille des mâles : chez certaines espèces de très petite taille, le chant est bien plus fort que pour certaines espèces de grosses sauterelles ! Une particularité en Martinique et sur les îles voisines est que le chant est régulier tout au long de la nuit, alors que sur le continent (Guyane par exemple), il l’est moins : sûrement pour éviter d’attirer les prédateurs (qui sont moins nombreux chez nous).

Cabrit-bois et cricris

Au cours de la marche sur la route forestière de Fond Baron, les sauterelles et grillons ont été au rendez-vous. Nous avons donc pu rencontrer Neoconocephalus affinis (et son chant caractéristique de cocotte minute), Neoconocephalus maxillosus et Neoconocephalus triops, des sauterelles vertes ou marrons présentes dans les graminées, mais aussi Gryllus assimilis (le grillon commun des Antilles), Microcentrum triangulatum, Agraecia cesairei (nommé en l’honneur d’Aimé Césaire), Anaulacomera sp. et un juvénile de Tafaliscinae.

Neoconocephalus sp. (à gauche), Agraecia cesairei (à droite), Tafaliscinae juvénile (en bas)Neoconocephalus sp. (à gauche), Agraecia cesairei (à droite), Tafaliscinae juvénile (en bas)
Neoconocephalus sp. (à gauche), Agraecia cesairei (à droite), Tafaliscinae juvénile (en bas)

Neoconocephalus sp. (à gauche), Agraecia cesairei (à droite), Tafaliscinae juvénile (en bas)

Nous avons croisé le vrai cabrit-bois (Xerophyllopteryx martinicensis) et son usurpateur d’identité (Mastophyllum scabricolle) : en effet, la grosse sauterelle verte ou brune que nous voyons souvent et que nous prenons pour le cabrit-bois n’est en fait pas celle que l’on croit, car il s’agit de la seconde nommée ! C’est Xerophyllopteryx martinicensis qui est bien celle qui fait ce son si caractéristique du cabrit mais que l’on ne voit presque jamais!

 

Nous avons pu aussi observer des individus de la famille des Hapithini qui ne sont pas encore décrit pour la science, et entendu des Anaxipha sp., et une courtilière (Gryllotalpa sp.).

Nesonotus vulneratusNesonotus vulneratus

Nesonotus vulneratus

Plusieurs Nesonotus vulneratus se sont présentées à nous : il s’agit d’une des plus grosses et plus lourdes sauterelles des Antilles, qui a la particularité de pouvoir mordre très fort lorsqu’on la manipule. Qui a dit que la chasse aux sauterelles était sans risque ?

 

Enfin, nous nous sommes mis à plusieurs pour « trianguler à l’oreille » le « grillon poilu » : Orochirus sp. (espèce non encore décrite). Il se cachait sur le bord du chemin, sous les feuilles.

Le fameux Orochirus qui se cachait sous les feuilles

Le fameux Orochirus qui se cachait sous les feuilles

Fond Baron nous a aussi réservé quelques autres surprises : de jeunes Avicularia versicolor tranquillement posées sur des feuilles, de nombreux coléoptères en plein repas (Phyllophaga delplanquei, Diaprepes marginatus, Leucothyreus nolleti, Leucothyreus pinchoni, Lixus sp.), des phasmes se cachant dans la végétation (Paraphanocles keratosqueleton, Clonistria sp.), plusieurs punaises en équilibre sur des graminées (Edessa bifida) et des papillons de nuit nous accompagnant le long du chemin (Letis mycerina).

 

Après une belle marche, nous sommes rentrés chez nous avec plein d’images que nous pouvons maintenant associer aux sons que nous entendons la nuit.

Un couple de phasmes Paraphanocles keratosqueleton

Un couple de phasmes Paraphanocles keratosqueleton

Rédigé par Bèt à fé

Publié dans #Orthoptères, #Sortie

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Esinam 21/10/2014 05:08

Partage enrichissant de cette sortie ca donne envie d y etre